Par une chaude journée d’été comme on en connaît en Provence, le prêtre du village s’en allait rendre visite aux personnes les plus sensibles à la canicule que nous connaissions à ce moment-là.

Les nouveau-nés et les personnes âgées étaient fréquemment frappés par la mort quand la chaleur devenait trop importante. Le prêtre était apprécié de tout le village, il était bienveillant, souriant et ce qui importait le plus pour la communauté est qu’il accompagnait volontiers les mourants jusqu’à leur dernier souffle.

D’autant plus que cette année-ci avait été une sombre période pour l’ensemble du village. Le nombre d’habitants avait réduit de plus de la moitié. La canicule était en cause mais aussi une mystérieuse maladie qui s’était propagée quelques mois auparavant. Elle n’avait pourtant touché que les femmes mûres qui étaient prises de démences.

Dans leurs pires moments hallucinatoires elles se réduisaient elles-mêmes à l’état d’animal pratiquant des actes de cannibalisme.

Si certaines avaient des instants de lucidité, elles s’enfuyaient à quatre pattes en vociférant. Les jeunes filles ne furent pas touchées par cette hystérie. Néanmoins, toutes celles en âge et en conditions d’engendrer des enfants ne purent pas cette année-là. Victor, le prêtre, pensa alors à un acte de sorcellerie. C’est pourquoi il fût de plus en plus convaincu qu’il avait été missionner pour sauver le village de sa chute et de sa disparition.

C’était un village perdu au milieu de la garrigue. La légende de celui-ci racontait qu’une veuve avec ses trois filles avait bâti le premier manoir du hameau. Le manoir était comme l’ensemble des maisons, en multitude de petites pierres où le mortier qui les liait était soit visible soit masqué grâce à de l’ocre jaunâtre ou rougeâtre.

Les maisons ressemblaient à celles des santons que nous mettions dans la crèche de Noël. Peu à peu le village se serait agrandi jusqu’à donner le celui que nous connaissions. L’ancien manoir ainsi qu’une partie de l’ossature d’une ancienne grange servait désormais au village de lieux de festivités à certaines périodes de l’année.

Victor n’y assistait jamais. Il disait que ces lieux précisément dégageaient de mauvaises ondes. Pour lui l’odeur était nauséabonde, le lieu inhospitalier et l’ambiance lugubre. Il pensait même que les premières habitantes du village n’étaient autres que des sorcières bannies du village où elles résidaient auparavant. Aucun habitant n’aurait douté que les méfiances du prêtre étaient fondées.

Suite à la perte de la plupart des femmes, mères, grands-mères et épouses du village de la façon la plus étrange qu’il soit, nous nous sommes donc inquiétés pour le devenir du reste des habitants ainsi qu’à la véracité des propos tenus par Victor. C’est alors qu’une chasse aux sorcières commença telle que le pays en avait connu dans les âges les plus sombres de son histoire.

Inutile, de rappeler que cette chasse appliquée à l’échelle du village fut dévastatrice en quelques jours. Les habitants restants étaient méfiants et bientôt le rayonnant village provençal pris des airs de village fantôme voire pire de cimetière. Or les morts inexplicables ne cessèrent pas d’autant. La dernière qui m’a été permis d’observer était celle de trois hommes et trois femmes allongés sur le sol du manoir. Leurs six corps formaient deux cercles concentriques au milieu de celui-ci.

L’insécurité régnant désormais et les habitants tous prêts à vendre leur âme au diable pour être épargné des fléaux qui nus accablaient, je m’apprêtais à quitter le village. Puis je remarquai que le prêtre sortit de ses appartements à côté de la chapelle à l’orée du village. Je le vis qui sans un bruit rentrer dans plusieurs maisons. Dans certaines c’étaient les habitants qui ouvraient gracieusement leur porte à l’homme de bien du village. Il en ressortait quelques instants après avec un corps inerte dans les bras ou en traînant deux par les bras. Après les avoir rassemblés il récita des paroles incompréhensibles pour le commun des mortels. Enfin il les fit disparaître en les inhumant au sein du lieu fondateur du village. Manifestement le trou était trop grand pour y mettre les corps que j’avais aperçus sur la place. C’est pourquoi je profitai d’un de ses moments d’absence pour récupérer la pelle et l’assommer lorsqu’il revint. Je recouvris les cadavres de terre et m’empressai d’aller secourir les derniers survivants. J’étais seule.

« Histoire de Miranda Laurent »

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