Symbole de paternalisme industriel du XIXe siècle, cette cité fantôme, bâtie par un grand groupe pour loger ses ouvriers, a accueilli plusieurs centaines de familles.

Il y a bien longtemps que les platanes centenaires n’ont pas été taillés. Ceux-là mêmes qui ont offert ombre et fraîcheur à des générations d’ouvriers.

À une époque où les capitaines d’industrie rivalisent de paternalisme, Le groupe fait construire en 1880 une cité ouvrière qui jouxte la carrière et les fours à chaux : un boulevard promenade bordé par des logements où chaque famille disposait d’un rez-de-chaussée sur cave, d’un étage et d’un grenier, d’un petit jardin potager. La capacité de ce premier bâtiment, de près de 200 mètres de long et abritant 75 ménages s’avère rapidement insuffisante. Un deuxième est donc érigé en 1913 en face du premier. On y trouvedans le village : une église où étaient célébrés deux offices par semaine, une école qui accueillit jusqu’à 200 enfants, un hôpital, une boulangerie, une alimentation…

Un très précurseur volet social, également, avec un système interne de caisse d’épargne (4,5 % !), une caisse de secours, des soins et des médicaments gratuits, une caisse de retraite… Un dispositif récompensé à deux reprises, en 1889 et 1900, par une médaille d’or de la « section sociale » aux expositions universelles de Paris.

À l’aube des années 50, la mécanisation change la donne au coeur de la cité. Les chevaux sont remplacés par des camions, les casseurs de pierres par un concasseur automatique : les suppressions d’emploi se multiplient et la Cité, toujours propriété privée, se vide peu à peu de ses occupants dont la plupart profitent de conditions financières intéressantes à leur départ en retraite. Le bâtiment originel, délabré, est fermé en 1974 et celui de 1913 abrite une poignée d’irréductibles.

« Les enfants couraient partout dans la rue, il y avait du mouvement en permanence, se souvient-elle. Quand il faisait beau, les hommes étaient à l’usine ou au café et nous, nous passions toute la journée dehors, à discuter sur le trottoir. C’était gai, c’était vivant ! » Peu après son installation, la Cité a commencé à se vider. « Ils sont tous partis petit à petit. Certains s’en sont allés vivre leur retraite ailleurs, certains sont morts… Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour le village serait vide comme ça… ».

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